Gaston Suisse
Biographie

Portrait de Gaston Suisse Photo de Gaston Suisse Gaston Suisse est né à; paris le 1er décembre 1896, et est décédé à son domicile parisien, dans le 13éme arrondissement, le 7 mars 1988. Il est né dans une famille d'artistes, son frère était violoniste, son père , collectionneur et bibliophile, possédait une bibliothèque de plus de 10 000 ouvrages, dont une très belle documentation sur l'art japonais et chinois. Très tôt, il lui donna le goût des livres et de l'art d'Extrême-Orient, ceci n'étant sans doute pas étranger à sa vocation. Dès l'âge de 5 ou 6 ans, il commença à reproduire les planches des livres de son père, dessina son chat et se montra tout de suite très doué. Son père l'encouragea dans cette voie, lui faisant très tôt visiter les plus grands musées. Il l'emmena régulièrement au Jardin des Plantes, le jeune Gaston Suisse y découvrit de nouveaux modèles, observant longuement les animaux pour en faire des croquis. à 15 ans, c'est au Jardin des Plantes qu'il rencontra Paul Jouve, artiste déjà célèbre et confirmé. Tout de suite l'amour des animaux, l'observation et le dessin les rapprochèrent et marquèrent le début d'une longue amitié. Jouve lui parla avec enthousiasme des zoos d'Anvers et de Hambourg, où les animaux n'étaient pas en cage, donc un peu plus proche des conditions naturelles, ce qui permettait une observation plus intéressante. Gaston Suisse l'accompagnera deux ans plus tard à Anvers et y fera la connaissance du sculpteur Bugatti, ami de Jouve.

Reçu au concours de l'école supérieure des Arts Décoratifs, il y apprendra les rudiments du métier de laqueur. Tout de suite fasciné par la matière, il n'aura de cesse d'apprendre, de se documenter et d'expérimenter. Il obtient une médaille d'or en 1913 et en 1914 pour ses premiers travaux.

Gaston Suisse fut également très sportif . Il pratiqua l’aviron, sera champion de France en saut à la perche, au 100 mètres, puis en décathlon. Il accumulera les médailles jusqu’à 1913. Dans l’été 1913, il effectue un premier voyage en Algérie, passant des vacances chez des parents, ces premières vacances loin du giron familial, le marqueront durablement.

Gaston suisse et Paul Jouve Monastir, novembre 1917 Mobilisé en 1914, il combattra dans les tranchées à Verdun, puis partira avec l’armée d’Orient vers Salonique où il retrouvera Jouve, lui aussi mobilisé. Durant toute la guerre il enverra régulièrement à son école, croquis et billets qui seront publiés dans le journal de l’école. La guerre terminée, il reprendra ses études à l’école des Arts Décoratifs. Ses recherches personnelles et ses essais le conduisirent à faire une année supplémentaire à l’école des Arts Appliqués pour y parfaire, entre autres, les techniques de dorure et apprendre la chimie des oxydes sur métaux. Un de ses amis, Dang Bui, laqueur annamite lui ramena les premiers pots de laque végétale, ce qui lui permit de mettre en pratique ses expériences. Il maîtrisa très vite les incrustations de coquilles d’œufs, et le travail de la feuille d’or, rapidement il mettra au point des techniques novatrices, pour obtenir des laques d’une originalité et d’une richesse sans pareil. Il effectua des recherches sur l’utilisation des processus d'oxydations . Très tôt, pour s’affranchir en partie des contraintes liées à l’utilisation des laques végétales, Gaston Suisse utilisa des dilutions de laques végétales dans des huiles ou des alcools. L’adjonction d’huile de camphre, par exemple, rendait la laque plus liquide, et donc plus facile d’emploi. L’adjonction de siccatifs permettait également de réduire les temps de séchage. Ses recherches le conduisirent à utiliser des vernis synthétiques, lui permettant ainsi de s’affranchir de certaines contraintes, liées à l’utilisation de la laque végétale. Dans la mesure où il devenait possible de mélanger des pigments colorés au vernis, la gamme chromatique disponible devenait beaucoup plus large, et les temps de séchage s’en trouvait par ailleurs considérablement raccourcis. Si la technique restait la même, ces nouveaux produits permettaient l’utilisation du pistolet, l’obtention de laques écailles avec toutes les nuances possibles pouvait désormais être obtenue directement et non plus par ponçages successifs. Il devenait possible d’ajouter au vernis une multitude de composants, permettant ainsi une très grande variété d’effets. Gaston Suisse eut l’idée de piler des écailles d’ablettes , de les ajouter à la laque, obtenant ainsi des nuances anthracite d’une incroyable richesse donnant à ses créations, une préciosité et une distinction étonnante.

Gaston Suisse exécuta des meubles et objets en laque de chine, décoré dans un style abstrait et géométrique qui fut la marque de sa recherche personnelle. Artiste fondateur de ce qui sera appelé la période Art Déco, Gaston Suisse rencontra immédiatement un très large succès, il fut nommé sociétaire du Salon d’automne dès sa première exposition. Les critiques furent élogieuses et unanimes : c’est ainsi que M. Tisserand écrivit dans la revue L’Art Vivant  : "Nous signalons tout particulièrement les laques de Gaston Suisse. Il représente des laques où son invention se déploie magiquement. Nous avons remarqué avec plaisir qu’elles obtiennent un vif succès auprès des visiteurs du salon. Rien n’est plus charmant que cet art traité avec un esprit fin avide de découvertes" et M. Derys dans la revue Mobilier et Décoration  : "Les panneaux laqués de Suisse unissent la somptuosité au sens le plus épanoui et le plus libre de la composition décorative". Les Echos d’Arts rendait également compte de la qualité et de l’originalité des paravents exposés cet année là. Gaston Suisse, comme d’ailleurs beaucoup d’artistes de cette époque, se présentait comme décorateur. Chargé de la décoration de l’Alhambra d’Alger, à la fin de l’année 1924, il parcourut ensuite le Maghreb et en ramena de nombreux croquis d’antilopes, de gazelles, de singes magots, et de fennecs. Au début de l’année 1925, fasciné par le Sud, il traversa le Sahara en caravane, descendit jusque dans le Tassili, en pays Touareg, puis vers l’Afrique, d’où il ramena de très nombreuses études.

De retour à Paris, il exécuta pour Maurice Dufresne la décoration du pavillon de la maîtrise des Galeries Lafayette. Parallèlement à sa production de laqueur, il créa des projets de tissus pour Madame Duchesne, exécuta des cartons de vitraux pour Jacques Grubber, et pour son ami Jean Perzel, dessina des décors pour l’Opéra de Paris et des costumes pour la Comédie Française. Refusant toutes les sollicitations, il préférait se tenir à l’écart des mondanités, recherchant plutôt le calme et la sérénité de son atelier. C’est d’ailleurs son ami Paul Jouve qui le poussera à exposer ses premières réalisations. Exposant à la galerie Brandt, avec le Groupe des Animaliers, il dessina pour ce dernier des grilles d’intérieur et des caches radiateurs qui furent exécutés en fer forgé. Il réalisa pour les ensembliers, Jansen, Straub, Brandt, Ruhlmann et Boyer, des meubles et des panneaux laqués et décorés, et pour Hermès une centaine de coffrets laqués destinés à être vendus aux États-Unis.

Son travail et ses réflexions sont le reflet d’une très large culture, qu’il ne cessera de parfaire. Pour échapper aux contraintes liées à l’utilisation des laques végétales, il mettra au point et utilisera des vernis synthétiques, permettant d’obtenir une gamme chromatique plus large. Cela ne donnera que davantage de splendeur à ses compositions animalières. Gaston Suisse ne s’est pas contenté de représenter la faune et la flore. Son œuvre très variée représente avec autant de bonheur des paysages, des personnages, ou encore d’immenses compositions, comme celle commandée par la ville de Paris pour l’Exposition Internationale de 1937 , actuellement au musée des Années 30 à Boulogne-Billancourt. à l’occasion de la publication d’un de ses catalogues, Cécile Ritzenthaler écrit : "Chacun de ses portraits d’animaux est non seulement d’une parfaite qualité graphique mais aussi bien inscrit dans le mouvement des années 30. Aucun spécialiste de tel oiseau ou de tel mammifère ne put reprocher la moindre erreur anatomique à Gaston Suisse, tant l’observation du modèle fut précise et le rapport liant l’artiste et l’animal furent proches de la complicité". à nouveau mobilisé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il fut fait prisonnier. Il réussit à s’évader et à rejoindre la zone libre, se grava des faux papiers de démobilisation et regagna Paris.

Il se remit au travail malgré les difficultés de l’époque. Et rencontra celle qui deviendra sa femme, et qui, malgré son très jeune âge, avait déjà une personnalité hors du commun. Elle obtint, à 15 ans, le premier prix du concours général en littérature. Son journal, très touchant, très original et anti-conformiste, reflète une maturité et une force de caractère exceptionnelles pour son âge. En révolte permanente contre sa famille qu’elle exècre, sa rencontre à 18 ans avec Gaston Suisse sera déterminante. Gisèle quittera sa famille, bravant tous les interdits, abandonnera sa préparation à l’école Normale supérieure, pour suivre celui qui deviendra son époux. Cette période de l’occupation fut, pour le couple, particulièrement difficile, ses parents la faisant rechercher par la police car Gisèle n’était pas majeure. C’est pourtant elle qui assumera le quotidien, plus mature et débrouillarde que son futur mari, toujours déconnecté de toutes contingences matérielles. Malgré une grande différence d’âge, ils formèrent un couple en parfaite osmose et restèrent unis jusqu’au décès de l’artiste. Ce couple fut exemplaire, connaissant une vie familiale épanouie avec la naissance de leur fils. On retrouve cette sérénité dans son œuvre, son bonheur transparaît dans ses créations, les animaux étant souvent représentés par couples, et emprunts d’une émotion étonnante.

Portrait de Gaston Suisse,Pastel sur papier Après la guerre, les expositions reprirent avec succès. Gaston Suisse travailla sans se soucier du reste du monde, il refusait tout ce qui lui semblait une perte de temps. Refusant toute responsabilité dans les groupes d’artistes dont il fut sociétaire pendant des années. Il n’accordait aucun temps aux journalistes, refusant toutes propositions l’éloignant de son atelier, considérant, au grand dam de sa famille qu’il s’agissait de temps perdu. S’investissant totalement dans son art. Partageant son temps entre l’étude des animaux sur le terrain, ou même chez lui où il éleva tour à tour oiseaux, serpent, mangouste et autres animaux exotiques, et ses réalisations en laque à l’atelier. Acceptant seulement d’exposer ses œuvres aux différents salons dont il était sociétaire. Ces laques recueillirent toujours un large succès et furent systématiquement vendues. Hélas, une grande partie partira aux Etats-Unis, et en Amérique du sud. Gaston Suisse prend naturellement sa place parmi celle des plus grands artistes du XXe siècle. Ses œuvres sont aujourd’hui très recherchées et internationalement reconnue sur le marché de l’art. Son parcours fut particulièrement novateur et épris de liberté. Son œuvre, extrêmement originale et personnelle, est celle d’un homme très cultivé, passionné de recherches et d’expériences nouvelles. Ceci explique sans doute son rayonnement, comme en témoigne la présence de ses œuvres dans les collections publiques et privées, tant en France qu’à l’étranger. Le musée de Vernon lui a consacré une très belle rétrospective en 2000. Pour son centenaire en 2004, le Dallas Museum of Art organisa une très importante exposition intitulée "Passion for Art, 100 treasures, 100 years’". Cette exposition rassemblait cent chefs d’œuvres choisis dans les collections du musée. Un cabinet trois portes en laque à décor d’oiseaux fut choisi et exposé. En 2006 le Musée des Beaux Arts de Reims organisa une exposition "l’Art Déco de Reims à New York", où figurait un grand et impressionnant pastel à décor d’aigrettes, et une exceptionnelle table basse en laque de chine à décor d’incrustation de coquilles d’œufs.

© Dominique Suisse 2008.
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